Je m’appelle Pierre, j’ai 17 ans, bientôt 18, mon rêve est de ressembler à ces grands écrivains cyniques et lucides qui ont tout compris à la vie, prennent du Prozac, meurent dans l’oubli et la déchéance métastasés gangrénés à 50 ans. J’affute ma plume dans ce blog, cette porcherie nauséabonde, et parfois je rêve que des gens connus et influents viennent réagir à ma haine stérile et me donner des gallons d’existence. J’entends par-là que la haine et le fiel donnent sens à ma vie. Ma vie de merde. Ma vie dégueulasse. En attendant ce moment, je fais dans la provocation stérile et l’insulte raciste, misogyne, antisémite. En fait je suis mal dans ma peau. Je rêve de trouver l’amour. Je rêve de trouver enfin une petite chagasse consentante qui me serrerait fort dans ses bras graciles et friables en me murmurant des mots d’amour. J’aime à afficher mon cynisme partout. J’aime à tourner en dérision toutes les convictions. C’est peut être parce que je n’en ai aucune. Oui, je ne crois en rien. Même pas en moi-même. Je crois tellement peu en moi que j’écris des choses vraies sur moi d’une manière répugnante dans un blog vert et orange fluo. Je suis une merde. Je suis une sous-merde. Je suis la sous-merde du Web 2.0 qui se prend pour quelqu’un de bien parce qu’il sait aligner trois mots compliqués à la suite et produire des tournures incisives. Je me repais de ma merde. Je m’y complais. Je renifle la fange comme le porc lamentable que je suis. Je fais des petits bruits gutturaux en mangeant de la merde pourrie. J’aime me rouler par terre comme un animal. J’oublie tout. Je pleure de joie. Je retourne à l’état de nature de cet enculé de Rousseau qui avait tout compris, même s’il était irrascible, parcequ’il était irrascible. Je n’évolue pas. Je fais semblant. Je voudrais déséspérement produire quelque chose d’utile et d’intéressant mais ma flemme naturelle et mon manque de confiance en moi font avorter toute esquisse de projet possible dans mon cul. Alors je regarde des séries américaines en mangeant des sucreries. Pour compenser, je fais irrégulièrement un peu de sport pour correspondre aux critères de beauté imposé par la société. Je veux un corps musclé. Je veux être aimé. Je vais mal. Je suis un être malsain qui finira rongé par les regrets et les remords, comme le cadavre de Ben Barka dans une bassine d’acide sulfurique. J’essaie de me rassurer en me disant que je suis jeune et que le champ des possibles m’est ouvert. Comme les chattes purulentes des prostituées mineures cambodgiennes. Ces comparaisons sont ridicules. Elles ne sont même plus choquantes. Rigolotes. C’est un réflexe. J’ai la haine et le sarcasme en réflexe pour me protéger du monde. Car je suis lâche. Oui, c’est le trait caractéristique de ma personnalité. Je suis un gros lâche. Un tacheron. Le champ des possibles me fait peur. Le champ des possibles est une connerie. C’est tellement une connerie que je préfère l’oublier comme la bouse pusillanime que je suis, en regardant en direct la Méthode Cauet. Oui, j’aime ces émissions, ces symboles décadents de l’exception culturelle française. J’apprécie de me vautrer dans l’idiotie généralisée de l’uniformisation médiatique. Même mes discours de révoltes sont stéréotypés. Je crache sur la société, sur le monde entier, sur les stéréotype. J’en suis moi-même un. Je suis le stéréotype du jeune insolent. Pire, je suis le stéréotype du jeune insolent lucide. Je regarde la télé lorsque j’écris tout cela. Je vois des pubs pour l’iPhone 3G S. Il me fait bander. Ses multiples fonctionnalités qui me relient au monde entier sont vertigineuses. Tourbillonantes. Flippantes. Mais comme je suis une sale pute lucide et cynique stéréotype de l’intellectuel mou de gauche en devenir je conchie l’iPhone 3G S, symbole ultime de la dégénérescence programmé de la civilisation assujettie à la connexion permanente. Eh oui, je bande quand je produit ces petits discours idiots et anticonformistes de jeune pute sournoise et moralisatrice. Ca me donne l’impression d’exister, l’impression de réfléchir. Alors qu’au fond je désire me vautrer dans la facilité et la consommation. J’aime à produire des discours critiques. A travers ceux-là, je ne cherche pas à éveiller les conscience. C’est moi que je regarde. C’est moi que je contemple. Je suis fier de moi. Je suis fier de faire des bouses insipides. Je suis fier d’être une bouse insipide. Mon discours anticonformiste est conformiste. Je suis narcissique. Je suis une merde. Je suis un paradoxe. Je suis condamné à être malheureux. Je suis plein de haine. C’est inexpugnable.
Je regarde la Méthode Cauet sans le son. Je vous emmerde.
Mec, Je kiffe ton article, et derrière tout le cynisme et tout l’humour que tu mets dedans, il faut quand même un peu de courage pour laisser ça sur la toile, preuve que tu n’est peut être pas si lâche.
Tu t’es jamais posé la question : “pour qui je me prends à penser comme si j’avais la vérité innée ?” et bien mec, j’avais écrit un truc dans ce genre (que j’avais pas eu les couilles de le publier), et je crois bien qu’on peut se prendre pour qqchose justement parce que on est capable de penser et d’écrire ça de nous même en le pensant vraiment, et pas pour faire joli.
Je te kiffe grave
Kissous
Tu es fantasque d’une façon délicieusement décadente.